L’art en 2014 ? Disons qu’une fièvre artistique s’est emparée des plus téméraires qui ont repoussé les limites loin, bien loin. Entre singularité et décadence, qu’attendre « de plus » en 2015 ? Débriefing.

Le monde de l’art s’est montré pour le moins dérangeant en 2014, si ce n’est obscène pour certains. Le sexe et la question du genre, le corps humain dans son ensemble, ont suscité grand intérêt. L’art a dévoilé plus qu’il n’a habillé. Millie Brown et Milo Moiré ont fait de leur intimité son foyer. L’art se vomit pour Millie Brown, sur toile de préférence, et en couleur. Milo Moiré, quant à elle, artiste-nue suisse adepte du « PlopEgg-Painting », le loge sous forme d’œufs remplis de colorants dans son vagin et en accouche. Sa dernière œuvre : PlopEgg#2 (octobre 2014), représentant la transformation de l’argent en art et vice-versa. A ne pas en douter, l’art est entré sur le marché. 2014 ou « l’art c’est de l’argent ».

Mis à nu et coloré, le domaine artistique n’a cependant laissé aucune place à l’immobilité. La performance était au devant de la scène. Carte blanche à la transformation. Selon Joey Holder, sacrée « créatrice de l’identité online de l’année » par le Dazed & Confused Magazine, « toute chose est mutante et hybride ». C’est en confrontant la biologie, la nanotechnologie et l’histoire naturelle au sein d’interfaces technologiques (programmes d’ordinateur, économiseurs d’écran, appareils de mesure) que la jeune femme créé ses œuvres, en flux permanent.

Millie Brown vous dégoûte ? Milo Moiré vous rendrait-elle mal à l’aise ? Et vous seriez-vous perdus dans les méandres techno-artistiques de Joey Holder ? Comme à son habitude, l’art ne saurait laisser indifférent. L’imagination de ceux qui ne veulent pas suivre le courant n’est plus débordante mais hyperactive. Elle ne connaît plus de limites, ou du reste, les dépasse, et de loin. Anatomie, biologie, technologie se mélangent à l’horizon artistique. La synesthésie peut aller se rhabiller.

De la culture digitale à la culture de l’art

A l’ère du post-internet[1], l’art contemporain s’expérimente sur écran(s), trouvant son origine dans le partage d’images en ligne. Il a dépassé l’esthétique et représente un style plutôt qu’un ensemble d’idées/d’idéaux. Délocalisé, l’art n’a pas échappé à la globalisation. Selon Jane Deeth, spécialiste en art à l’Université de Tasmanie (Australie), beaucoup attribue à la nature sombre et surprenante de l’art contemporain actuel la seule fonction de choquer. Le corps humain semble, malgré cette omniprésence technologique, au centre de sa démarche. Certains (Matthew Stones) l’utilisent pour rendre toutes choses abstraites et dépasser sa propre physicalité ; d’autres (Milo Moiré), au contraire, le mettent au service de l’art principalement pour sa chair.

La technologie a sans aucun doute envahi l’art, mais l’artiste retourne à l’humain. En pleine démocratisation, le domaine artistique fait tomber ses frontières. Aujourd’hui, tout le monde peut être artiste.

C.

[1] Où l’artiste a conscience que son oeuvre va être partagée sur Internet, ou que celle-ci a été spécialement créée pour être partagée et vu online.

[The English translation to come…]

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1 January 2015

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